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samedi 26 février 2011

Ch. 4 - De la différence des gammes; des noms qu'on leur donne, et de l'opération qu'on nomme Transposition.


Chapitre IV
 

De la différence des gammes; des noms qu'on leur donne, et de l'opération qu'on nomme Transposition.





La gamme
ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, 
est disposée de manière qu'il y a un ton entre ut et , un autre ton entre et mi, un demi-ton de mi à fa, un ton entre fa et sol, un ton entre sol et la, un ton entre la et si, un demi-ton de si à ut; au résumé, elle présente une suite de deux tons, un demi--ton, trois tons et un demi-ton.

Si l'on voulait disposer la gamme de cette manière:
ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré, 
l'ordre des tons et des demi-tons serait interverti, car il y aurait un ton entre et mi, un demi-ton de mi à fa, un ton entre fa et sol, un ton entre sol et la, un ton entre la et si, un demi-ton de si à ut, et un ton de ut à ; au résumé, on aurait une suite composée d'un ton, un demi-ton, trois tons, un demi-ton, un ton.
On fait disparaître cette irrégularité en substituant fa dièse à fa, et ut dièse à ut. De cette manière, on a un ton de à mi, un ton de mi à fa #, un demi-ton de fa # à sol, un ton de sol à la, un ton de la à si, un ton de si à ut #, un demi-ton d'ut # à , et la gamme est composée de la manière suivante :
ré, mi,fa #, sol, la, si, ut #, ré;
ce qui présente une suite de deux tons, un demi-ton, trois tons, un demi-ton, comme dans la gamme qui commence par ut.
.
En opérant de la même manière, et en conservant l'ordre des tons et des demi--tons, on peut commencer la gamme par toutes les notes, même par les sons intermédiaires, et avoir autant de gammes régulières qu'il y a de sons dans l'étendue d'une octave. On donne à chaque gamme le nom de la note par ou elle commence, mais au lieu de dire la gamme de , de mi bémol, de fa, on dit la gamme du ton de ré, du ton de mi bémol, du ton de fa, et l'on appelle symphonie en , sonate en mi bémol, ouverture en fa, les morceaux qui sont écrits avec les sons qui appartiennent aux gammes de , de mi bémol ou de fa.

On vient de voir que le mot ton a une autre acception que celle qui exprime la distance d'une note à une autre, et qu'il signifie aussi certaines dispositions de sons. Le ton de ré est une expression qui indique que les sons ont la disposition convenable pour une gamme qui commence par . Ce double emploi d'un mot est une défectuosité de la langue musicale. Il y en a plusieurs autres. Trompées par ces mots : le ton d'ut, le ton de mi bémol, le ton de sol, etc., les personnes qui ne sont pas musiciennes se sont persuadées que ton est synonyme de son, et elles disent un ton fort, un ton moelleux, un ton criard, au lieu d'un son fort, un son moelleux, un son criard : ces expressions sont impropres.

Toutes les voix n'ayant pas la même étendue, il arrive souvent qu'un morceau qui est convenable pour certaines personnes contient des sons trop aigus ou trop graves pour d'autres; mais il plaît, on voudrait le chanter, et l'on ne trouve d'autre moyen d'y parvenir qu'en le baissant s'il est trop haut, ou en l'élevant s'il est trop bas, c'est-à-dire qu'en substituant, dans le premier cas, la gamme d'ut à la gamme de , ou la gamme de à celle de mi bémol; et dans l'autre, qu'en faisant le contraire, c'est·-à-dire en substituant une gamme plus élevée à celle du ton dans lequel le morceau est écrit. Cette opération s'appelle transposition. Les personnes qui ne savent pas la musique transposent naturellement et sans le remarquer, en plaçant l'air qu'elles chantent dans la position la plus favorable à leur voix, mais l'opération de l'instrumentiste qui accompagne un morceau transposé est beaucoup plus compliquée, car elle consiste à jouer d'autres notes que celles qui sont écrites, ce qui exige une attention soutenue et beaucoup de présence d'esprit, surtout si l'instrument est un piano, car il faut faire une double opération pour la musique de la main droite et pour celle de la main gauche.

On conçoit que s'il fallait faire un calcul pour chaque note, pour chaque dièse, bémol ou bécarre, afin de découvrir ce qu'il faut leur substituer, dans la transposition, l'esprit le plus prompt pourrait éprouver de grands embarras, à cause de la rapidité de l'exécution; mais il est un moyen de simplifier cette opération : il consiste à supposer une autre clef que celle qui est placée au commencement des portées, et à choisir celle qui correspond au ton dans lequel on veut transposer. Par exemple, si le morceau est dans le ton de , écrit avec la clef de sol et si l'on veut transposer en si bémol, on substitue par la pensée la clef d'ut sur la première ligne à la clef de sol, on suppose deux bémols à côté de la clef, et la transposition se trouve faite, comme on peut le voir par l'exemple suivant :


c'est particulièrement à cet usage que sert la multiplicité des clefs.

La transposition est une des plus grandes difficultés de la musique, considérée sous le rapport de la pratique : elle exige une aptitude particulière que des lecteurs, d'ailleurs habiles, n'ont pas toujours. C'est pour aplanir ces difficultés qu'on a imaginé de faire des pianos qui opèrent la transposition d'une manière mécanique; on les nomme pianos transpositeurs (1). Cette invention, bien qu'assez commode, a eu cependant peu de succès.

Les éditeurs de musique, dans le but de rendre plus facile aux amateurs la pratique de cet art, transposent souvent les morceaux les plus en vogue pour les mettre à la portée des divers caractères de voix, et pour dispenser l'exécutant de l'opération de la transposition; mais comme ils ne peuvent transposer toute sorte de musique. il est utile de savoir faire soi-même cette opération.


(1) On s'est servi de divers procédés pour opérer la transposition mécanique. mais les premiers pianos transpositeurs qui ont été en usage en France sont ceux de MM. Roller et Blanchet, facteurs à Paris. M. Pfeiffer a perfectionné leur invention en bornant cette opération à la pression d'une pédale.


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