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jeudi 11 mars 2010

Romance, romance, quand tu nous tiens ...

Romance
Dans l'article «
Paris au temps de la goguette et du café-chantant. », nous avions mentionné l'engouement que portaient, au XIXe siècle, les milieux aristocratiques et bourgeois pour la romance. Il y a lieu de revenir sur les origines et la définition de cette forme de composition :



« D'inspiration élevée, ce style vocal d'origine espagnole et médiévale, exprime des sentiments particulièrement tendres et langoureux, mais peut prendre aussi un caractère dramatique ou passionné. Destinée à être chantée avec accompagnement, la romance est à l'origine de la mélodie. Parmi les quelques œuvres, célèbres :
  • Plaisir d'amour, de Giovannni Battista Martini (1706-1784)
  • La romance de Ermerance, dans Véronique d'André Messager (1853-1929)
  • Ebben, n'andro lontana, dans La Wally de Alfredo Catalani (1854-1893)
  • Des Fleurs de bonne volonté, recueil de Jules Laforgue (1860-1887)
  • La romance de Paris, de Charles Trenet
  • La romance de la pluie, de Georges Brassens
... »
(extrait du livre Enseigner et pratiquer le chant, M.- M. Marc et N. Bouati, page 77, Lyon, Chronique Sociale, 2008)


La romance


Lorsque les trouvères et les troubadours composaient leurs odes ou hymnes, à l'origine des romances, c'était de petits poèmes, en vers, sur une mélodie courte, sans tonalité précise, d'un rythme indécis, consistant en quelques sons plaintifs, monotones, dont la persistance finissait par saisir l'oreille et toucher le cœur.
Les romances espagnoles étaient généralement construites de quatre couplets de huit syllabes, non rimés et assonants.


A partir du XVIe siècle, la romance française eut plus de vie et de mouvement et fut recherchée partout en Europe : on en appréciait la mélodie gracieuse soutenue par des rythmes plus accusés.
De la définition primitive, la romance gardera celle d'une petite pièce en vers, divisée en couplets réguliers, de mesure constante, destinée à être chantée.

De la période renaissance, on retiendra les noms de compositeurs comme :
  • Lambert dit Beaulieu, musicien de la chambre de Henri III
  • Antoine Boesset ou Anthoine de Boesset (1587-1643)
  • Claude Sermicy dit Claudin (1490 env.-1562)
  • Pascal Colasse (1649-1709)
  • Colin de Boismont
  • Deschamps
  • François-Eustache Du Caurroy (1549-1609), maître de chapelle de Henri III et de Henri IV, surnommé « Le Prince des musiciens » à qui l'on attribue l'air de la romance « Charmante Gabrielle »
  • Guillaume Le Heurteur (première moitié du XVIe siècle)
  • Pierre Vermond ou Vermont cité par Rabelais
Sous Louis XIII:
  • Pierre Guédron (1565-1619?)
Sous Louis XIV (1638-1715 – règne :1643-1715)
  • Nicolas Bernier (1664-1734)
  • Jean-Baptiste Boësset ou Jean-Baptiste de Boësset (1614-1685)
  • André Campra (1660-1744
  • Bernard de Bury (1720-1785)
  • Michel Lambert (1610-1696) qui composa ses chansons sur des poèmes de Benserade et Quinault.
  • Jean-Baptiste Lully (1632-1687)
A partir du milieu du XVIIIe siècle, la romance prit un nouvel essor.
C'est de cette époque que date les fameuses romances de Martini (1706-1784) dont « L'amour est un enfant trompeur » et surtout Plaisir d'amour.

Parmi les musiciens qui se prêtent alors à la composition de romances nous soulignons particulièrement :
  • François Devienne (1759-1803) « J'aime à voir les hirondelles »
  • Garnier (1754-1821), marquis avant la révolution puis comte d'empire est le compositeur de « J'ai vu Lise hier au soir »
  • Pierre-Alexandre Monsigny (1729-1817) qui composa « Ô ma tendre musette », sur des paroles de Laharpe
  • Joseph-Alexandre Pierre, vicomte de Ségur (1756-1805)
  • Henri-Joseph Rigel (1741-1799) à qui l'on doit « La romance des Petits oiseaux » sur des paroles de Balzac
  • Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) qui a composé « Je l'ai planté, je l'ai vu naître » sur les paroles de De Leyre
  • Louis-Victor Simon, « Il pleut, il pleut, bergère » sur les paroles de Fabre d'Églantine
  • la marquise de Travenet, « Pauvre Jacques » sur des paroles de la Reine Marie-Antoinette, chantée par les royalistes dans les premiers temps de la Révolution.

Certains compositeurs commencèrent à se consacrer exclusivement à cette forme vocale :
  • Égide Joseph Ignace Antoine Albanèse (1729-1800), castrat et compositeur d'origine italienne
  • Charles Henri Plantade (1764-1839) auteur de chansons à succès sous l’Ancien Régime et qui fut surnommé « Le roi de la romance ». Les titres de ses œuvres annoncent le romantisme du siècle suivant : « Ma peine a devancé l’aurore » ; « Languir d’amour » ; « Gémir de ton silence ».
    « Te bien aimer » et« Ô ma chère Zélie » lui apportent la célébrité en 1791.
Dans la première moitié du XIXe siècle, la mode de la romance se poursuit :
  • Louis Abadie (1814-1858) compose « Le Chasseur furtif » , « La Plainte du Musée » , « Ange du Ciel » , « D'où viens tu, beau nuage? » , « Ce que disent les Roses » , « Ma Senyora » , « La Reprouve » , « L'archer du Roi » , « Le Corsarie i Le Sereno » , … et la plus célèbre de ses romances : Les feuilles mortes.
  • Martin-Pierre d’Alvimare (1772-1839) est un compositeur de romances à la mode et le maître de harpe de Joséphine. On commence à remarquer une certaine ambition dramatique dans les accompagnements. Parmi ses œuvres :
    « Agnès Sorel à Charles VII », dédiée à l’Impératrice Joséphine
    « Le marquis Olivier »
  • Hortense de Beauharnais (1783-1837, reine de Hollande de 1806 à 1810) compose en 1807, à Malmaison, « Le Beau Dunois » plus connue sous le titre de « Partant pour la Syrie », qui sera, sous la Restauration, un chant de ralliement pour les bonapartistes. Les paroles de cette romance ont été écrites par le comte Alexandre de Laborde.
  • Amédée Rousseau, dit de Beauplan (1790-1853) compose des romances qui ont beaucoup de succès parmi lesquelles « Bonheur de se revoir » , « L'ingénue » , « le Pardon » ou encore « Dormez, mes chères amours » que toute la France a chantée.
  • Frédéric Bérat (1801-1855) compose en 1836 « Ma Normandie », aujourd’hui hymne national du bailliage de Jersey et chant régional.. Parmi ses autres œuvres :
    « La Lisette » de Béranger (1843)
    « Les Nouvelles de Paris » (1854)
    « Mimi Pinson »
    « Ma prison »
    « Bonne espérance »
    « Le Départ »
    « La Montagnarde »
    « Le Retour du petit Savoyard »
    « Le Berger normand »
  • Hector Berlioz (1803-1869) a également composé des romances :
    « Je vais donc quitter pour jamais mon doux pays »
    « Ma douce amie »
    avec accompagnement de piano ou guitare, sur un texte de Jean-Pierre Claris de Florian
    « Le dépit de la bergère » et « De mon berger volage » 1819
    « Le maure jaloux » , « Je vais revoir », « Amitié reprend ton empire »
    « Pleure, pauvre Colette »
    1822
    « Toi qui l'aimas, verse des pleurs » 1823
    « Les champs » 1833
    « Je crois en vous » et « Quand mon âme ravie » 1834
  • François Adrien Boïeldieu (1775-1834), compose ses premières romances en 1794
    (voir le catalogue sur
    http://www.musicologie.org/Biographies/b/boieldieu_francois_adrien.html)
  • Jean François Narcisse Carbonel (1773-1855, professeur et compositeur de sa Majesté la Reine Hortense) est l'auteur de « Brigitte » et de « Pauvre Lise à quinze ans »
  • Alexandre Etienne Choron (1771-1834) compose « La sentinelle » qui fit le tour de l'Europe.
  • Pierre-Jean Garat (1762-1823, baryton et compositeur basque) avait commencé sa carrière de chanteur avant la révolution. Une de ses premières composition fut « Vous qui portez un cœur sensible » en 1789, puis « Idole des jeunes » sous le Directoire. Il était alors l'exemple type de l'époque de l'Incroyable et du Muscadin, affectant de ne pas prononcer les « R ». On lui doit une cinquantaine de compositions dont:
    « Le Ménestrel exilé »
    « Je t’aime tant »
    , paroles de Fabre d'Eglantine
    « Y sera-t-elle ? »
    « Le Convoi du pauvre »
    « Le Chant arabe »
    « Le Premier Amour »
    « Firmin et son chien »
    , paroles de M. de Segur
    « Le Chevrier »
    « Il était là »
    « M Lafayette… »
    « Bélisaire »
    , paroles de Lemercier
    « Henri IV à Gabrielle d'Estrées »
    « Bayard »
    ...
  • Hippolyte Monpou (1804-1841) « L′Andalouse » sur un poème d'Alfred de Musset (1830) et « Les deux archers » sur un poème de Victor Hugo (1834)
  • Jean-Joseph-Benoît Pollet (1753-1823), « Fleuve du Tage »
  • Louis-Barthélémy Pradher (1782-1843), pianiste, professeur de musique et compositeur d'opéra, composa en 1810 « Trois romances » avec accompagnement de piano.
  • Loïsa Puget (1810-1889) dont la notoriété, sous Louis-Philippe fut phénoménale, publia chaque année de 1837 à 1847, un recueil de 12 romances sur des poèmes de Gustave Lemoine. La compositrice faisait elle-même sa promotion lors de ses concerts. S'accompagnant elle-même au piano, elle inaugurait ainsi la formule compositeur-interprète du siècle suivant. En 1840, la presse musicale la baptisa « La Reine de la romance ».
  • ...
Le succès des romances put aller au-delà des salons aristocratiques et bourgeois : les romances les plus célèbres ont été reprises par les chanteurs de rue.
Cependant l'intérêt grandissant pour le théâtre se fit au détriment de la romance, alors que celle-ci entamait une mutation vers la mélodie, mais ceci est une autre histoire.

Références:
Dictionnaire des Lettres, des Beaux-Arts et des Sciences Morales et Politiques, Paris, 1863

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