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mercredi 24 avril 2013

Ch. 16 - Des instruments - Les flûtes


Chapitre XVI d
 

Des instruments.
Les flûtes




     
Les flûtes d'une forme quelconque se trouvent chez tous les peuples qui ont cultivé la musique. L’Inde, l'Égypte, la Chine, nous en offrent des variétés qui remontent aux temps les plus reculés.

Les Grecs et les Romains avaient des flûtes de formes différentes pour la plupart de leurs cérémonies religieuses, pour les festins, les mariages, les funérailles, etc.
  • La flûte à plusieurs tuyaux de diverses longueurs, qu'on voit encore entre les mains de quelques musiciens ambulants, paraît être la plus ancienne dont les Grecs ont fait usage ; ils attribuaient son invention à Marsyas.
  • Après celle-là venait la flûte phrygienne, qui n'avait qu'un seul tuyau percé de trois trous, et qui se jouait en mettant un des bouts de l'instrument dans la bouche ;
  • la flûte double, composée de deux tuyaux percés de trous, lesquels se réunissaient vers un seul orifice qu'on appelait embouchure, se tenait des deux mains. C'est le seul instrument de l'antiquité qui puisse faire croire que les Grecs et les Romains ont connu l'harmonie; car il n'est pas présumable que les deux tuyaux fussent destinés à jouer à l'unisson. Quelques critiques ont cru que les deux tuyaux de cette flûte ne jouaient point ensemble, et qu'ils ne servaient qu'à passer d'un mode dans un autre. Tout cela est fort obscur.
Les trois espèces de flûtes principales, dont il vient d'être parlé, se divisaient en une infinité d'autres; les archéologues prétendent que le nombre des variétés était de plus de deux cents.

On a souvent agité cette question : si les Grecs et les Romains ont connu la flûte traversière, qui est la seule dont on se sert maintenant dans la musique régulière ? Des monuments antiques récemment découverts ont résolu la difficulté en faisant voir cet instrument sur plusieurs bas-reliefs. Cela explique les passages des écrivains de l'antiquité qui établissent en beaucoup d'endroits les différences de la flûte droite avec la flûte oblique. Cette flûte oblique n'était que la flûte traversière.

On ne se servait autrefois en France que de flûte à bec, c'est-à-dire, celle dont l'embouchure était placée à l'une des extrémités. Toutes les parties de flûte qui sont indiquées dans les opéras du siècle de Louis XIV se jouaient avec des flûtes de cette espèce. On l'appelait aussi flûte douce on flûte d'Angleterre.

Dans la nouveauté, on donna le nom de flûte allemande à la flûte traversière, parce que son usage se renouvela d'abord en Allemagne. Jusque vers la fin du XIIIe siècle, elle n'eut que six trous, qui se bouchaient avec les doigts, et un septième, qui s'ouvrait par le moyen d'une clef. Comme la plupart des instruments à vent, celui-là était imparfait dans plusieurs notes qui manquaient de justesse ; ces défauts ont été corrigés par les clefs qu'on y a ajoutées, et qui se trouvent maintenant au nombre de huit (*).
Ces clefs ont d'ailleurs procuré la facilité d'exécuter beaucoup de traits qui ne pouvaient se faire sur l'ancienne flûte.
La flûte a subi en quelque sorte une transformation complète depuis quelques années, par la nouvelle disposition que M. Boehm, flûtiste allemand, lui a donnée. Par cette disposition, les trous ont été placés où ils doivent l'être naturellement et considérablement agrandis. L'instrument est devenu plus juste; beaucoup de traits inexécutables sur l'ancienne flûte sont devenus faciles, et la puissance sonore de la flûte Boehm est plus considérable; mais la qualité pure, brillante, argentine qu'on remarquait dans l'ancien instrument s'est altérée dans le nouveau. Toutefois, il paraît qu'une nouvelle construction de la flûte par les principes de Boehm modifiés lui a rendu son ancien éclat, en diminuant un peu la grandeur des trous.

La flûte est naturellement dans le ton de ré; ce qui n'empêche pas qu'elle soit susceptible d'être jouée dans tous les autres tons. On se sert, dans la musique militaire et dans la musique d'instrument à vent qu'on nomme musique d'harmonie, de flûtes un peu plus petites ; celles-ci sont accordées en mi bémol, en fa, etc. Une autre espèce de petite flûte qui se nomme octavin ou piccolo sert aussi dans l'orchestre, lorsqu'on veut obtenir des effets brillants ou lorsqu'on veut faire des imitations matérielles telles que le sifflement des vents dans la tempête. Le piccolo, dont les proportions sont de moitié plus petites que celles de la flûte ordinaire, sonne une octave plus haut, ce qui rend la qualité de ses sons criarde et souvent désagréable. Les compositeurs de l'école actuelle poussent l'emploi de cet instrument jusqu'à l'abus.

La matière des flûtes est ordinairement le buis, l'ébène, l'érable, le grenadille, etc.; mais tous ces bois ont l'inconvénient de s'échauffer par le souffle et de faire varier l'intonation de l'instrument. Pour obvier à ce défaut, on a fait des flûtes de cristal qui étaient à peu près invariables ; mais leur poids, incommode dans l'exécution, et leur fragilité, les ont fait abandonner. On a trouvé plus simple et plus utile d'adapter à la flûte ordinaire un corps à pompe qui se tire lorsque la flûte s'échauffe, et qui rétablit l'équilibre en allongeant le tube.

De toutes les anciennes flûtes à bec, une seule est restée en usage; c'est le flageolet, dont l'effet est agréable dans les orchestres de bal. Cet instrument était autrefois fort défectueux sous le rapport de la justesse, et fort borné quant à ses moyens d'exécution ; mais on l'a beaucoup perfectionné depuis quelques années, par le moyen des clefs qu'on y a ajoutées.

(*) On a même fabriqué en Allemagne des flûtes qui ont jusqu'à dix-sept clefs; elles ont une étendue plus grande que les autres; mais cette multiplicité de clefs est embarrassante, et la sonorité de l'instrument en est altérée.

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