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jeudi 25 avril 2013

Ch. 16 - Des instruments - Instruments à bocal


Chapitre XVI f
 

Des instruments.
Instruments à bocal



     
Dans la troisième espèce d'instruments à vent. qui se jouent avec une embouchure ouverte ou bocal, sont compris les cors, les diverses sortes de trompettes, les trombones, le serpent, les bugles et les ophicléides.


Les cors
Les airs de chasse ne furent joués dans les premiers opéras que par des cornets faits en corne et percés de trous : on appelait ces instruments grossiers des cornets à bouquin.

Le cor de chasse fut inventé en France en 1680, mais il ne servit d'abord que pour l'exercice dont il porte le nom. Transporté en Allemagne, il y fut perfectionné, et fut appliqué à l'usage de la musique. En 1730, on commença à s'en servir en France, mais il ne fut introduit dans l'orchestre de l'Opéra qu'en 1757. Les sons qu'on en pouvait tirer alors étaient en petit nombre ; mais, en 1760, un Allemand, nommé Hampl, découvrit qu'il était possible de lui en faire produire d'autres en bouchant en partie avec la main la portion ouverte de l'instrument qu'on nomme le pavillon. Cette découverte ouvrit la carrière à d'habiles artistes qui se livrèrent à l'étude du cor. Un autre Allemand, qui se nommait Haltenhoff, compléta les améliorations de cet instrument en y ajoutant une pompe à coulisse, au moyen de laquelle on en règle la justesse lorsque les intonations s'élèvent par la chaleur.

Il est dans la nature du cor de ne donner que de certaines notes d'un son pur, franc et ouvert : les autres sons ne s'obtiennent que par l'artifice de la main, et sont beaucoup plus sourds; on les nomme sons bouchés. Mais comme il est des tons où ces sons bouchés sont précisément ceux qu'on entendrait le plus souvent, ce qui serait sans effet, on a imaginé d'ajouter au cor des tubes d'allonge, dont les fonctions sont de changer le degré d'élévation de l'instrument, comme on change celui de la clarinette en allongeant son tube. Par exemple, si l'on suppose que le cor est en ut, on conçoit qu'en ajoutant un tube qui baisse ut d'un ton, le cor sera en si bémol et tous les sons ouverts du ton d'ut seront des sons ouverts du ton de si bémol. Si le tube ajouté est plus grand, il mettra le ton du cor en la ; s'il est plus grand encore, il pourra le mettre en sol, et ainsi de suite. Il résulte de là que l'artiste joue toujours en ut, et que le tube ajouté opère la transposition nécessaire.
Ce système est ingénieux, et satisferait à tous les besoins, si la musique ne modulait pas, ou si, en modulant, elle laissait le temps de changer le tube transpositeur ; mais il n'en est pas toujours ainsi. Le compositeur se voit donc obligé de supprimer les parties de cors dans de certains endroits où elles produiraient de très bons effets, ou de les écrire en sons bouchés qui ne rendent point sa pensée.

Frappé de cet inconvénient du cor ordinaire, un musicien allemand nommé Stœzel imagina d'y ajouter des pistons par lesquels il mettait à volonté la colonne d'air du cor en communication avec celle de tubes additionnels, et par là obtenait des sons ouverts à toutes les notes. Cette amélioration, perfectionnée par plusieurs facteurs d'instruments de cuivre, est aujourd'hui d'un usage général dans les orchestres, particulièrement pour les parties de deuxième et quatrième cors ou cors-basses, parce que les pistons fournissent les moyens de produire les notes graves en sons ouverts, beaucoup plus puissants que les sons bouchés de l'ancien cor.
Toutefois le cor ordinaire et sans pistons est resté en usage pour les solos, parce que sa qualité de son est plus pure et plus argentine. Les compositeurs qui emploient plusieurs paires de cors, dans les grandes compositions, écrivent pour deux ou quatre cors sans pistons, et deux ou quatre avec pistons.

Vers 1832 on a commencé à introduire en France de petits cors ou cornets à pistons, qu'on peut considérer comme le soprano du cor. Bien joué par quelques artistes de mérite, cet instrument a eu de la vogue, particulièrement dans les orchestres de danse : cependant le cornet à pistons n'a pas été employé comme il aurait pu l'être pour produire des effets neufs dans l'harmonie.

Le cor est un instrument précieux par la variété de ses effets : tour à tour énergique ou suave, il se prête également bien à l'expression des passions violentes et à celle des sentiments tendres. Aussi bien placé dans les solos que dans les remplissages d'orchestre, il se modifie de mille manières ; mais il faut le bien connaître pour en tirer tout le parti possible. L'art d'écrire les parties du cor avec les développements de toutes ses ressources est un art tout nouveau que Rossini a en quelque sorte créé, et qui s'est singulièrement développé depuis quelques années.


Les diverses sortes de trompettes
 La trompette est aussi un instrument de cuivre en usage à la guerre, dans la musique militaire et dans les orchestres. Son diapason est plus élevé d'une octave que celui du cor. Plus bornée que celui-ci dans son ancienne construction puisqu'elle n'a pas les sons bouchés avec la main, elle n'est pas moins utile dans beaucoup de circonstances. Sa qualité de son est plus argentine, plus claire, plus pénétrante, et les effets de ces instruments ne peuvent être remplacés par ceux de l'autre. Leur réunion offre quelquefois des combinaisons fort heureuses. On ne connaissait point autrefois d'autre trompette que la trompette de cavalerie ; pendant bien des années, il n'y en eut pas d'autres à l'Opéra.

Enfin des trompettes perfectionnées furent apportées d'Allemagne par les deux frères Braun, vers 1770, et depuis lors la trompette de cavalerie a disparu des orchestres. Au commencement de ce siècle, on fit des trompettes semi-circulaires, qui n'étaient à proprement parler que de petits cors ; mais le son de ces trompettes n'avait pas l'éclat des autres.
Les intonations de la trompette se modifient pour les changements de tons de la même manière que dans le cor; c'est-à-dire parle moyen de tubes additionnels.
Des pistons ont été ajoutés à la trompette depuis environ quinze ans, sous le nom de cylindres. Les trompettes à cylindres sont devenues depuis lors d'un usage général. Leur étendue est celle d'une gamme chromatique qui commence par la note fa. Les ressources de la trompette pour l'effet des compositions se sont beaucoup accrues depuis cette invention.
Divers essais avaient été faits il y a environ vingt-cinq ans, pour augmenter les ressources de la trompette, mais sans que le résultat eût répondu à ce qu'on en attendait;
enfin un Anglais a imaginé d'y ajouter des clefs comme aux clarinettes ou hautbois, et ses recherches pour y parvenir ont été couronnées par le succès ; mais il s'est trouvé qu'il avait créé un nouvel instrument dont la qualité de son a peu de rapport avec le son de la trompette ordinaire :c'était une acquisition, mais non un perfectionnement. L'inventeur désigna sa trompette à clefs sous le nom de Horn bugle. Cet instrument, sur lequel on peut exécuter des chants comme sur la clarinette ou le hautbois, est maintenant employé avec succès dans la musique militaire, et même dans l'opéra. Rossini en a fait un heureux essai dans le premier acte de Semiramide.

Le principe de la construction des trompettes à clefs une fois découvert, on en a conclu qu'on pouvait l'appliquer à des instruments de même nature, mais de plus grandes dimensions, qui seraient l'alto, le ténor et la basse de cette même trompette. On a donné à cette famille nouvelle d'instruments de cuivre le nom de cors à clefs et d'ophiclèides. L'étendue de ces divers instruments est à peu près celle des voix auxquelles ils correspondent. Leur réunion produit d'heureux effets ; ils ne peuvent être remplacés par les autres instruments de cuivre qui n'ont pas les mêmes moyens de modulation. C'est cette même famille de bugles ou cors à clefs, à laquelle M. Sax fils a fait subir quelques modifications, qui a pris dans ces derniers temps le nom de Saxhorns, malgré les réclamations fondées de quelques facteurs ; et c'est pour satisfaire aux prétentions du nouveau parrain de ce système d'instruments, qu'on a fait supprimer (en France) l'ancienne organisation des musiques militaires, excellente par le mélange des sonorités, pour lui substituer des combinaisons de saxhorns, dont le défaut inévitable est la monotonie.

Il est un autre genre d'instruments qu'on nomme trombones et qui est aussi susceptible de donner toutes les notes en sons ouverts, par le moyen d'une coulisse que l'exécutant fait mouvoir pour allonger ou raccourcir le tube sonore. Cet instrument se divise en trois voix, savoir : l'alto, le ténor et la basse. Le son des trombones est plus sec, plus dur et plus énergique que celui des ophicléides ; mais ces instruments ont des effets qui leur sont propres, et qui ne ressemblent à ceux d'aucun autre. Les trombones forment un système complet avec les trompettes, car la sonorité est la même à des diapasons différents.
Dans ces derniers temps on a fait des trombones à cylindres.

Toute cette grande division d'instruments de cuivre se met en vibration par le moyen d'une embouchure conique et concave contre laquelle on applique les lèvres plus ou moins rapprochées, en soufflant et en marquant la note par un coup de langue. Cet exercice est fort difficile, et exige autant de dispositions naturelles que de travail. Il est des personnes dont la conformation des lèvres est un obstacle insurmontable pour bien jouer du cor ou de la trompette.

Aux instruments à embouchure ou bocal qui viennent d'être nommés, il faut ajouter le serpent, instrument barbare qui fatigue l'oreille dans nos églises, mais qui n'est pas aussi désagréable dans la musique militaire, lorsqu'il est uni aux autres basses telles que le trombone et l'ophicléide. Cet instrument fut inventé en 1590 par un chanoine d'Auxerre, nommé Edme Guillaume. Sa construction est vicieuse de tous points ; beaucoup de ses intonations sont fausses, et à côté de notes trop fortes on en rencontre qui sont très faibles. L'expulsion du serpent des églises sera un pas de fait vers le bon goût en musique.

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