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mardi 23 avril 2013

Ch. 16 - Des instruments - Instruments à archet


Chapitre XVI b
 

Des instruments.
Instruments à archet




     
Toutes les recherches qui ont été faites pour découvrir si les peuples de l'antiquité ont eu connaissance des instruments à archet ont été infructueuses, ou plutôt il est à peu près démontré qu'il leur a été complètement inconnu. Il est vrai qu'on a cité une statue d'Orphée qui tient un violon d'une main et un archet de l'autre ; mais en y regardant de près, on s'est aperçu que le violon et l'archet sont de l'invention du sculpteur qui a restauré la statue. On a cité aussi des passages d'Aristophane, de Plutarque, d'Athénée et de Lucien, où l'on prétendait trouver la preuve de l'existence de l'archet chez les Grecs ; mais le moindre examen fait évanouir toutes ces prétendues preuves.

Nul doute que les instruments à table d'harmonie, à manche et à cordes élevées sur un chevalet et mises en vibration par un archet, ne soient originaires de l'Occident; mais à quelle époque, et dans quelle partie de l'Europe, ont-ils été inventés ? voilà ce qu'il n'est pas facile de décider. On trouve dans le pays de Galles un instrument de forme presque carrée, ayant un manche et des cordes élevées sur un chevalet; cet instrument, qui paraît exister dans le pays de toute antiquité, se nomme crwth et se joue avec un archet. On le regarde en Angleterre comme le père des diverses espèces de violes et du violon.

Les monuments gothiques du moyen-âge, et particulièrement les portails d'église du Xe siècle, sont les plus anciens où l'on trouve des instruments de l'espèce générique qu'on nomme viole ; mais on serait encore dans l'incertitude sur les divisions de ce genre d'instruments, si le manuscrit d'un traité de musique composé par Jérôme de Moravie, au XIIIe siècle, n'avait levé tous les doutes à cet égard. On y voit que la viole se divisait en deux sortes d'instruments ; la rubebbe et la viole, ou vielle (*).
La rubebbe n'avait que deux cordes qui s'accordaient à la quinte ; la vielle en avait cinq dont l'accord se faisait de différentes manières.
Ces instruments n'avaient pas précisément la forme de nos violons et de nos violes ; la table d'harmonie, ou dessus, et le dos de l'instrument n'étaient point séparés comme dans ceux-ci par la partie intermédiaire qu'on nomme éclisses ; le dos était arrondi comme celui des mandolines, et la table était collée sur les bords.

Plus tard ces rubebbes et ces vielles subirent diverses modifications, et donnèrent naissance aux différentes violes, savoir :
la viole proprement dite, qui se plaçait sur les genoux, et qui était montée de cinq cordes ;
le pardessus de viole, qui avait aussi cinq cordes accordées à la quinte de la viole,
la basse de viole, que les Italiens nommaient viola da gamba, pour la distinguer des autres, qu'on désignait souvent par le nom de viola da braccio : la basse de viole était montée, tantôt de cinq cordes, tantôt de six ;
le violone, ou grande viole, qui était posé sur un pied, et qui était monté de sept cordes ;
et l'accordo, autre espèce de violone, qui était monté de douze cordes, et même de quinze, dont plusieurs résonnaient à la fois et faisaient harmonie à chaque coup d'archet.

Le violone et l'accordo avaient un manche divisé par cases, comme le luth et la guitare ; on ne pouvait les jouer qu'en se tenant debout. à cause de leurs grandes proportions. Il y eut encore une espèce de viole, qu'on appelait viole d'amour.
Ses proportions étaient à peu près celles du pardessus de viole ; elle était montée de quatre cordes de boyau attachées comme aux autres instruments, et de quatre cordes de laiton qui passaient sous la touche, et qui, étant accordées à l'unisson avec les cordes de boyau, rendaient des sons doux et harmoniques quand l'instrument était joué d'une certaine manière. La viole d'amour est un instrument plus moderne que les autres.

Vers le XVe siècle, il paraît qu'on réduisit en France la viole à de plus petites proportions, pour en former le violon tel qu'on le connaît aujourd'hui, et pour borner cet instrument à quatre cordes. Ce qui peut faire croire que cette réforme se fit en France, c'est que le violon est indiqué dans les partitions italiennes de la fin du XVIe siècle sous le nom de piccolo violino alla francese (petit violon à la française). Le violon est monté de quatre cordes accordées par quintes, mi, la, , sol. Il sert pour les dessus. La supériorité dessous du violon sur ceux des violes lui fit bientôt donner la préférence, et il devint d'un usage général. D'habiles luthiers se formèrent en France, en Italie, et en Allemagne, et de leurs ateliers sortirent d'excellents violons qui sont encore très recherchés par les virtuoses. Parmi ces luthiers on remarque Nicolas et André Amati, de Crémone, à la fin du XVIe siècle ; Antoine et Jérôme Amati, fils d'André ; Antoine Stradivari, élève des Amati, ainsi que Pierre André Guarneri et Joseph Guarneri ; Jacques Steiner, Tyrolien, également élève des Amati, et plusieurs autres. Les violons de ces habiles artistes se vendent depuis cent louis jusqu'à six mille francs. On en fait aujourd'hui des imitations qui sont fort bonnes, et qui même, par leur parfaite ressemblance extérieure avec les instruments anciens, trompent d'habiles connaisseurs. Ces imitations ne coûtent que trois cents francs.
De toutes les anciennes violes, on n'a conservé que celle qu'on nomme proprement viole, ou alto, ou quinte, et qu'on a réduite à quatre cordes accordées une quinte plus bas que les cordes du violon. Cet instrument fait l'office de contralto dans l'orchestre.
La basse de viole, instrument difficile à jouer et dont les sons étaient un peu sourds, a disparu pour faire place au violoncelle, moins séduisant peut-être dans les solos, mais plus énergique et plus propre aux effets d'orchestre. Il fut introduit en France sous le règne de Louis XIV par un Florentin nommé Jean Batistini ; mais il ne fut définitivement substitué à la basse de viole que vers 1720.
Le violone et l'accordo, instruments dont on se servait dans les orchestres pour jouer la basse de l'harmonie, avaient le défaut de toutes les espèces de violes, celui de ne produire que des sons sourds et dépourvus d'énergie. A mesure que la musique eut plus d'éclat, il fallut songer à donner plus de force à la basse. C'est pour arriver à ce but qu'on construisit en Italie des contrebasses au commencement du XVIIIe siècle. Ces instruments, qui sont aujourd'hui le fondement des orchestres, ne furent adoptés en France qu'avec beaucoup de difficulté. La première contrebasse fut introduite à l'Opéra en 1700 ; ce fut un musicien nommé Montéclair qui la jouait ; en 1757, il n'y avait encore qu'un de ces instruments dans l'orchestre de ce théâtre, et l'on ne s'en servait que le vendredi, qui était le beau jour de ce spectacle. Gossec en fit ajouter une seconde ; Philidor, compositeur français, en mit une troisième dans l'orchestre pour la première représentation de son opéra d'Ernelinde, et successivement le nombre de ces instruments s'est augmenté jusqu'à huit. La contrebasse est montée avec de très grosses cordes qui sonnent à l'octave inférieure des sons du violoncelle. Ces cordes sont au nombre de trois aux contrebasses françaises, et sont accordées par quintes; les contrebasses allemandes, belges et italiennes sont montées de quatre cordes, accordées par quartes ; ce dernier système est préférable, en ce qu'il rend l'instrument plus facile à jouer.

(*) La vielle dont il s'agit n'avait point de rapport avec l'instrument qu'on appelle aujourd'hui de ce nom; celui-ci s'appelait vole dans l'ancien langage français.

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