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mercredi 2 juin 2010

A propos de Grétry: Texte de André Beaunier publié dans Le Figaro (supplément littéraire du samedi 29 novembre 1913)

André Beaunier (né le 22 septembre 1869 à Évreux, mort le 9 décembre 1925 à Paris), romancier et critique littéraire français, écrivait en 1913 ce qui suit:

Voici une petite esquisse du vieux Grétry Je l'emprunte à M. Prod'homme qui, dans le Mercure de France, a publié un fragment des Réflexions d'un solitaire, le dernier ouvrage du charmant musicien.

Grétry était né en 1741, vers la fin du siècle, il aima de moins en moins le monde et le vacarme. Il demeurait au boulevard de Italiens, près du théâtre où il avait eu ses plus grands succès. Mais il souhaita de se retirer à la campagne. Le troisième jour complémentaire de l'an VI (19 septembre 1798), il acheta l'Ermitage de Rousseau, à Montmorency, pour dix mille francs. Il écrivit encore un peu pour le théâtre. Seulement, on n'aima point Le casque et les Colombes, un ballet, ni Delphis et Mopsa. En 1803, dans La Vérité, ou ce que nous fûmes, ce que nous sommes, ce que nous devrions être, il écrivait :
« Aujourd'hui, la musique m'intéresse moins qu'autrefois. »
Pourquoi ? Il se le demandait. Eh ! Bien, songeait-il, c'est qu'il avançait en âge. Il ajoutait :
« Et c'est que les républiques ne sont pas le pays des illusions. » Bref, on avait négligé de lui faire croire qu'on aimait ses œuvres nouvelles autant que ses œuvres d'autrefois.
Il écrivait désormais :
« Le langage musical a pour moi trop de vague. Arrivé presque à la vieillesse, il me faut quelque chose de plus positif. L'homme de tous les âges est charmé par l'attrait des beaux-arts ; mais leur profession ne convient qu'à l'âge ou l'imagination et ses doux prestiges sont dans tout leur force. Il est temps de préparer ma retraite ; la philosophie et la raison, qui sont une même chose, deviennent mon partage. »
Voilà mettre la philosophie à son rang ; mieux, à sa date.
Le vieux Grétry n'allait plus jamais au théâtre. S'il ne donnait plus d'opéras, ce n'est pas pour aller voir les opéras des autres. La plupart de ses anciens amis, Diderot, Greuze, d'Alembert, Marmontel, Favart, l'abbé Arnaud, l'abbé Rozier, étaient morts. De nouveaux amis, Rouget de Lisle, Boieldieu, Bouilly, Gerard, Dalayrac, Pougens, venaient de temps en temps lui faire visite. Pour occuper de longs loisirs, il commença les Réflexions d'un solitaire, qui sont restées inédites.
Il avait mis en épigraphe, ces mots :
« Ce sont rêveries d'un esprit désirant, et non pas enseignant. »
Mais un « savant » le pria d'observer que « rêveries » ne convient pas à un ouvrage ensemble philosophie et moral. Le savant conseillait un vers d'Horace, celui qui veut dire : « Je recherche et désire ce qui est vrai, ce qui est honnête ; c'est toute mon étude. » Grétry fut d'avis que ces paroles étaient ambitieuses. Le meilleur titre, pour son livre, lui semblait être : Rapports entre le physique et le moral des choses. Il n'osa point.
Mes lecteurs lui donneront ce titre, s'ils veulent. Pour moi, je m'en tiens au vieil intitulé (Réflexions d'un solitaire), comme moins fastueux et qui convient mieux au scepticisme d'un homme qui doute en espérant, qui écrit des réflexions plutôt que des préceptes et qui ne prend le ton affirmatif que pour appuyer la morale des gens de bien.
Aimable bonhomme, qui a soin de ménager et la morale des gens de bien et le judicieux scepticisme.
Il se mit à composer tranquillement ses réflexions. Il avait une écriture large et bien lisible, peu d'orthographe et pour le style, beaucoup de maladresse...

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