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mardi 8 juin 2010

Auguste Panseron


Corpsyphonie propose sur ce site quelques biographies pour rendre hommage à ces musiciens qui ont contribué en leur temps par leurs compositions, leurs écrits ou par leur enseignement à propager l'apprentissage de l'art vocal.

Cette fois-ci, il s'agit de :
Auguste Panseron
(1796-1859)

Bibliographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, par F.J.Fétis, deuxième édition, Librairie de Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Tome 6, 1870, pages 443-444.




PANSERON (Auguste - Mathieu), né à Paris, le 7 floréal an IV (26 avril 1796), est fils d'un professeur de musique instruit, à qui Grétry avait confié l'instrumentation de ses vingt dernières partitions, parce que ce travail était pour lui fatigant et sans attrait.
Le jeune Panseron fut admis comme élève au Conservatoire de Paris, dans le mois de nivôse an XIII (décembre 1804).
Après y avoir suivi les cours de solfège, dont il avait reçu les premières notions de son père, il passa sous la direction de Levasseur, pour l'étude du violoncelle, et bientôt après il devint élève de Berton pour l'harmonie, puis de Gossec pour le contrepoint. Les prix de solfège, d'harmonie et de composition lui furent successivement décernés dans les concours de l'école.
Ses études, auxquelles il avait employé huit années, étant terminées, il se présenta au concours de l'Institut, et y obtint le premier prix de composition, en 1815. Le sujet du concours était la cantate intitulée Herminie.
Devenu pensionnaire du gouvernement, à ce titre, Panseron partit pour l'Italie, et s'arrêta pendant plus de six mois à Bologne pour y faire de nouveau un cours complet de contrepoint fugue, sous la direction de Mattei. C'est au soin consciencieux qu'il mit, en cette circonstance, à perfectionner son savoir par l'étude du style de l'ancienne école d'Italie, qu'il fut redevable d'une connaissance étendue de l'art d'écrire pour les voix.
Après avoir vécu plusieurs années à Rome et à Naples, où il étudia le mécanisme de l'art du chant sous de bons maîtres, il se rendit en Allemagne, reçut des conseils de Salieri, à Vienne, et de Winter, à Munich, puis s'arrêta quelques mois à Eisenstadt, en 1817, chez le prince Esterhazy, qui le nomma son maître de chapelle honoraire. Panseron se disposait à retourner à Paris, lorsque des propositions lui furent faites pour visiter la Russie; les ayant acceptées, il se rendit à Saint-Pétersbourg ; mais ce voyage ne fut qu'une course de peu de durée, et dans l'été de 1818, il arriva à Paris, après avoir employé cinq années dans les voyages prescrits par les règlements de l'Institut pour les élèves pensionnaires.
Dés son arrivée dans cette ville, il se livra à l'enseignement du chant, et bientôt après, il remplit les fonctions d'accompagnateur à l'Opéra - Comique.
En 1831, il obtint sa nomination de professeur de chant au Conservatoire, où il avait été admis, comme élève, vingt ans auparavant.
Lorsque, en 1829, Halévy eut abandonné sa place d'accompagnateur au Théâtre·ltalien, pour passer à la direction du chant à l'Opéra, Panseron lui succéda dans cet emploi; mais les occupations multipliées qui y étaient attachées le firent renoncer à cette place après quelques années, pour se livrer sans réserve à l'enseignement et à la composition.

En 1820, Panseron a fait jouer avec succès, au théâtre Feydeau, la Grille du parc, opéra comique en un acte, dont la partition a été publiée chez Janet et Cotelle.
L'année suivante, il a donné, au même théâtre, les Deux Cousines, opéra comique en un acte qui est resté en manuscrit.
Le 4 novembre 1827, il a fait représenter, à l'Odéon, l'École de Rome, en un acte, dont la partition a été publiée à Paris, chez Pacini.
Panseron a aussi publié plusieurs fantaisies, nocturnes et thèmes variés pour piano et flûte, en société avec Guillou (Paris,Petit,Frère,Schlesinger); mais c'est surtout par ses romances et ses ouvrages didactiques qu'il s'est fait une réputation européenne.
Il a publié plus de deux cents de ses romances, parmi lesquelles on en remarque de charmantes. Entre celles qui ont eu le plus de vogue, on cite :

  • le Songe de Tartini, avec accompagnement de violon obligé;
  • la Fête de la madone;
  • Malvina;
  • Valsons encore;
  • Au revoir, Louise;
  • On n'aime bien qu'une fois;
  • Appelez-moi, je reviendrai;
  • Demain on vous marie;
  • J'attends encore, etc.
Après avoir joui de la vogue comme compositeur de romances, Panseron s'est livré à
la rédaction d'un grand nombre d'ouvrages pour l'enseignement des diverses parties de· la
musique: ces productions ont obtenu un succès mérité. L'œuvre didactique de cet excellent
professeur renferme les ouvrages dont voici la liste :
1.A B C musical, ou solfège, composé pour sa fille, âgée de huit ans, à Paris, chez l'auteur. Il a été fait plusieurs éditions in-folio et in-8° de ce solfège élémentaire.
2.Suite de l' A B C ; ibid.
3.Solfège à deux voix ; ibid.
4.Solfège d'artiste ; ibid.
5.Solfège sur la clef de fa, pour basse-taille et baryton ; ibid.
6.Solfège d'ensemble à deux, trois et quatre voix, divisé en trois parties ; ibid.
7.Solfège du pianiste ; ibid.
8.Solfège du violoniste ; ibid.
9.Solfège concertant à deux, trois et quatre voix, divisé en trois parties ; ibid .
10.Cinquante leçons de solfège à changements de clefs, faisant suite au solfège d'artiste, avec basse chiffrée ; ibid.
11.Solfège progressif à deux voix, pour basse-taille et baryton ; ibid.
12.Méthode de vocalisation,en deux parties, pour soprano ou ténor ; ibid.
13.Méthode de vocalisation, en deux parties, pour basse, baryton et contralto ; ibid.
14.Vingt-cinq vocalises faciles et progressives pour contralto, précédées de vingt-cinq exercices ; ibid.
15.Douze études spéciales, précédées de douze exercices, pour soprano et ténor ; ibid.
16.Traité de l'harmonie pratique et des modulations ; ibid.
17.Trente-six exercices à changements de clefs, faisant suite aux cinquante leçons ; ibid.
18.Méthode complète de vocalisation, en trois parties ; ibid.

Aussi estimé par les qualités essentielles de l'honnête homme que par l'étendue de ses connaissances dans son art, bienveillant pour les jeunes artistes et les aidant de ses conseils et de son appui, Panseron fut enlevé à sa famille et à ses amis, après une courte maladie, le 29juillet 1859. Il était chevalier des ordres de la Légion d'honneur, de la Couronne de chêne et de l'Aigle rouge.

mercredi 2 juin 2010

A propos de Grétry: Texte de André Beaunier publié dans Le Figaro (supplément littéraire du samedi 29 novembre 1913)

André Beaunier (né le 22 septembre 1869 à Évreux, mort le 9 décembre 1925 à Paris), romancier et critique littéraire français, écrivait en 1913 ce qui suit:

Voici une petite esquisse du vieux Grétry Je l'emprunte à M. Prod'homme qui, dans le Mercure de France, a publié un fragment des Réflexions d'un solitaire, le dernier ouvrage du charmant musicien.

Grétry était né en 1741, vers la fin du siècle, il aima de moins en moins le monde et le vacarme. Il demeurait au boulevard de Italiens, près du théâtre où il avait eu ses plus grands succès. Mais il souhaita de se retirer à la campagne. Le troisième jour complémentaire de l'an VI (19 septembre 1798), il acheta l'Ermitage de Rousseau, à Montmorency, pour dix mille francs. Il écrivit encore un peu pour le théâtre. Seulement, on n'aima point Le casque et les Colombes, un ballet, ni Delphis et Mopsa. En 1803, dans La Vérité, ou ce que nous fûmes, ce que nous sommes, ce que nous devrions être, il écrivait :
« Aujourd'hui, la musique m'intéresse moins qu'autrefois. »
Pourquoi ? Il se le demandait. Eh ! Bien, songeait-il, c'est qu'il avançait en âge. Il ajoutait :
« Et c'est que les républiques ne sont pas le pays des illusions. » Bref, on avait négligé de lui faire croire qu'on aimait ses œuvres nouvelles autant que ses œuvres d'autrefois.
Il écrivait désormais :
« Le langage musical a pour moi trop de vague. Arrivé presque à la vieillesse, il me faut quelque chose de plus positif. L'homme de tous les âges est charmé par l'attrait des beaux-arts ; mais leur profession ne convient qu'à l'âge ou l'imagination et ses doux prestiges sont dans tout leur force. Il est temps de préparer ma retraite ; la philosophie et la raison, qui sont une même chose, deviennent mon partage. »
Voilà mettre la philosophie à son rang ; mieux, à sa date.
Le vieux Grétry n'allait plus jamais au théâtre. S'il ne donnait plus d'opéras, ce n'est pas pour aller voir les opéras des autres. La plupart de ses anciens amis, Diderot, Greuze, d'Alembert, Marmontel, Favart, l'abbé Arnaud, l'abbé Rozier, étaient morts. De nouveaux amis, Rouget de Lisle, Boieldieu, Bouilly, Gerard, Dalayrac, Pougens, venaient de temps en temps lui faire visite. Pour occuper de longs loisirs, il commença les Réflexions d'un solitaire, qui sont restées inédites.
Il avait mis en épigraphe, ces mots :
« Ce sont rêveries d'un esprit désirant, et non pas enseignant. »
Mais un « savant » le pria d'observer que « rêveries » ne convient pas à un ouvrage ensemble philosophie et moral. Le savant conseillait un vers d'Horace, celui qui veut dire : « Je recherche et désire ce qui est vrai, ce qui est honnête ; c'est toute mon étude. » Grétry fut d'avis que ces paroles étaient ambitieuses. Le meilleur titre, pour son livre, lui semblait être : Rapports entre le physique et le moral des choses. Il n'osa point.
Mes lecteurs lui donneront ce titre, s'ils veulent. Pour moi, je m'en tiens au vieil intitulé (Réflexions d'un solitaire), comme moins fastueux et qui convient mieux au scepticisme d'un homme qui doute en espérant, qui écrit des réflexions plutôt que des préceptes et qui ne prend le ton affirmatif que pour appuyer la morale des gens de bien.
Aimable bonhomme, qui a soin de ménager et la morale des gens de bien et le judicieux scepticisme.
Il se mit à composer tranquillement ses réflexions. Il avait une écriture large et bien lisible, peu d'orthographe et pour le style, beaucoup de maladresse...