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jeudi 15 avril 2010

Johan Joseph Fux (première partie)


Corpsyphonie propose sur ce site quelques biographies pour rendre hommage à ces musiciens qui ont contribué en leur temps par leurs compositions, leurs écrits ou par leur enseignement à propager l'apprentissage vocale.

La Biographie de Juste Adrien de Lafage a été récemment publiée. Elle fait référence à plusieurs musiciens de son époque ou de temps plus anciens.
Si pour les plus connus d'entre eux, il est facile de trouver la biographie, pour d'autres c'est bien plus difficile. Après celles de Koch, de Gervasoni et  d' Azopardi


c'est le cas de celle de
Johan Joseph Fux

Jean-Joseph Fux

(1660-1741)

Bibliographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, par F.J.Fétis, deuxième édition, Librairie de Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Tome 1, 1868, pages 178-179.

FUX (Jean-Joseph), ou plutôt vraisemblablement FUCHS, compositeur et écrivain didactique sur la musique, naquit dans la Haute-Styrie en 1660, et fut maître de chapelle de la cour de Vienne pendant quarante ans, sous les règnes des empereurs Léopold, Joseph 1er et Charles VI, qui étaient fort instruits dans la musique.

Dlabacz dit que son éducation musicale fut faite en Bohême, et qu'il augmenta ses connaissances en visitant les meilleures chapelles de l'Allemagne , de la France et de l'Italie. Ces renseignements sont à peu près tout ce qu'on possède sur ce maître.

On ignore en quelle année il se fixa à Vienne, mais on sait qu'en 1695 il était déjà au service de la cour impériale. Les trois empereurs dont il fut le maître de chapelle lui témoignèrent toujours beaucoup d'estime. Les premiers ouvrages de Fux furent des compositions religieuses qui sont restées en manuscrit, particulièrement des messes à trois et à quatre voix , avec orgue ou orchestre. Son service à la cour impériale l'obligeait aussi à écrire des pièces de musique instrumentale; il en publia un recueil à Nuremberg, en 1701, sous ce titre :

Concentum musico·instrumentalem in 7 partitas divisum, in-fol. Cet ouvrage est dédié à l'empereur Joseph 1er. Après cette publication, il écrivit la musique du drame la Clemenza di Augusto, en 1702, par ordre de l'impératrice Éléonore-Madeleine Thérèse, pour la fête patronale de l'empereur Léopold 1er. Dans la même année il composa par ordre de Joseph 1er, roi des Romains, l'opéra semiseria intitulé Offendere per amore, ovvero la Telesilla, qui fut représenté pour fêter le jour de naissance de la reine des Romains Amélie-Wilhelmine.

Fux écrivit en 1710, par ordre de l'empereur Joseph 1er, la Decima fatica di Ercole, ovvero la Sconfita de Gerione in Spagna, drame historico-pastoral, qui fut représenté pour le jour anniversaire de naissance de Charles III, roi d'Espagne (1); et, en 1714, il écrivit pour l'anniversaire de la naissance de l'archiduchesse, tante de l'empereur Charles VI l'opéra intitulé : Elisa. L'empereur fut si satisfait de cet ouvrage, que, pour donner à son maître de chapelle un témoignage éclatant de son estime, il voulut accompagner lui-même au clavecin pendant la troisième représentation. Ce fut à cette occasion que Fux, placé près de l'empereur et lui tournant les feuilles de la partition, s'écria, voyant l'habileté du monarque dans l'art d'accompagner : Quel dommage que Votre Majesté ne soit pas un maître de chapelle! —- Il n'y a pas de mal, monsieur le maître, répondit en riant Charles VI; je me trouve bien comme cela. Après la représentation, il y eut une loterie de bijoux pour les exécutants de l'ouvrage; la valeur des lots était depuis 500 jusqu'à 2 000 florins, et tous les numéros étaient gagnants. La partition d'Elisa fut gravée à Amsterdam, en 1715, chez Le Cène, et les exemplaires, tirés à petit nombre sur un papier de choix, furent vendus 30 florins de Hollande. Le même ouvrage fut repris en 1719, et en 1729.

L'année 1723 fut une des plus glorieuses de la vie de Fux. A l'occasion du couronnement de Charles VI, comme roi de Bohême, qui devait se faire à Prague, le maître de chapelle fut chargé d'écrire le grand opéra Costanza e Fortezza. Tous les chanteurs et musiciens de la chapelle impériale furent envoyés dans la capitale de la Bohême et se joignirent aux principaux artistes de cette ville et à beaucoup d'autres qu'on avait fait venir d'Italie et d'Allemagne. Fux était atteint de la goutte; l'empereur le fit transporter à Prague en litière, pour qu'il pût assister à la représentation de son ouvrage, et fit placer son fauteuil près du sien. Le chœur était formé de cent chanteurs, et deux cents musiciens composaient l'orchestre. Le maître italien Caldara dirigeait l'exécution. Une multitude d'étrangers et d'artistes de distinction s'étaient rendus à Prague pour cette occasion solennelle; ils donnèrent des applaudissements à la composition de Fux, et rien ne manqua à la gloire du vieux maître. 
Burney, qui paraît avoir vu la partition de Costanza e Fortessa, dit que les chœurs de cet ouvrage sont dans le style français de l'époque où ils ont été écrit: Les airs de ballets de la pièce n'avaient pas été composés par Fux. Le livret imprimé à Vienne nous informe de cette circonstance; il a pour titre : Costanza e Fortezza, festa teatrale per musica, da rappresentarsi nel reale castello di Praga, per il felicissimo giorno natalizio della sua Ces. et Cat. Reale Maesta di Elisabeta-·Christina, Imperatrice regnante, per commando della S. C. et C. Reale Maesta di Carlo VI, imper. de Romani sempre augusto, l'anno 1723. La Poesia e del sig. Pietro Paccati, poeta di S. M. Ces.; la musica è del sig. Gio. Gioseffa Fux, maestro di cappella di S. M. Ces.; con le Aria per i balli del sig. Nicolo Matthei, direttors della musica istrumentale di S. M. Ces. e cat. Vienna d'Austria, appresso Gio. Piet. Van Ghelen; ln-8°.

Un nouveau témoignage d'estime fut donné par l'empereur à son maître de chapelle en 1725, lorsque le monarque voulut faire la dépense nécessaire pour l'impression du grand traité de composition auquel Fux avait consacré plusieurs années, et qu'il publia sous ce titre : Gradus ad Parnassum , sive Manuductio ad compositionem musicae regularem, etc.

Cet ouvrage, devenu classique, est aujourd'hui la seule production de Fux généralement connue dans le monde musical.

Le dernier ouvrage du vieux maître fut l'opéra Enea negli Elisi, écrit à Vienne en 1731. Il était alors âgé de soixante-onze ans et accablé d'infirmités.

Il est mort à Vienne, le 14 février 1741, à l'âge de 81 ans.

La découverte de cette date certaine est due aux recherches du savant et exact Antoine Schmid (voyez ce nom) : il la fait connaitre dans son livre intéressant sur la vie et les ouvrages de Gluck (p. 23, dans la note).

L'absence de renseignements plus complets sur la carrière de Fux ne doit être attribuée qu'à lui-même, car Mattheson insista deux fois près de lui afin d'obtenir les renseignements biographiques nécessaires pour l'article qu'il lui destinait dans son livre intitulé : Grundlage einer Ehrenpforte. Il est vrai que le critique de Hambourg avait blessé la susceptibilité de Fux en attaquant, dans le deuxième volume de son Nouvel orchestre, les principes de l'ancienne solmisation, qui étaient ceux que Fux enseignait encore, suivant la doctrine des écoles d'Italie. Ce qu'il y eut de plus singulier, c'est que Mattheson dédia ce volume au maître de chapelle, qui peut-être considéra cette dédicace comme une insulte. Fux remercia cependant Mattheson, mais on voit percer un certain orgueil dans sa réponse à la demande que celui-ci avait faite de documents pour sa biographie.

« Je pourrais sans doute (lui dit-il) écrire des choses avantageuses à ma personne, et dire comment je me suis élevé dans mes diverses fonctions, s'il n'était contre la modestie de faire soi-même son propre éloge. Il doit me suffire d'avoir été trouvé digne d'être premier maître de chapelle de Charles VI. »·


(1) L'archiduc Charles, que l'empereur Joseph Ier fit reconnaitre par le pape Clément XI, comme roi d'Espagne, sous le nom de Charles III, pendant la guerre de la succession de Charles II, et qui fut le compétiteur de Philippe V, ne régna jamais sur l'Espagne.


Dans la deuxième partie de cette biographie, nous aborderons les œuvres produites par Fux durant son existence. A suivre.

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