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lundi 15 février 2010

Paris au temps de la goguette et du café-chantant.


Suite logique à la description des Sociétés du Caveau, nous vous proposons ce qui fut une manifestation populaire du plaisir de chanter ensemble :


Apparu au XIIe. siècle, le mot goguette viendrait de gogue, qui signifie : plaisanterie, raillerie, réjouissance, liesse, d'où le sens premier de : propos joyeux.
Par extension, les expressions comme chanter goguette, conter goguette, partir en goguette, être en goguette expriment la bonne humeur (être goguenard), parfois encouragée par les boissons ou les plaisirs charnels.
Son second sens, et c'est celui qui nous intéresse ici, qualifie la goguette de société chantante se produisant dans un lieu donné. A l'image des sociétés du Caveau, la goguette est une société chantante épicurienne. Et par analogie, la goguette désigne le lieu où une telle société se réunit, estaminet, café, arrière-salle chez un marchands de vin ...


Les goguettes se multiplièrent dès la chute du Premier Empire et ont prospéré jusqu'à la proclamation du Second. On y allait pour se réunir et chanter ensemble, on y mangeait éventuellement. En 1564 gogaille signifiait : ripaille.


Ces sociétés étaient avant tout populaires et issues de la liberté de parole acquise par le peuple de Paris lors la révolution .
L'emploi de la chanson sur timbre y était donc des plus fréquent.
On racontait à l'époque qu'il y avait une goguette dans chaque rue de Paris !
Parmi elles, notons la société des Amis des Arts, celle des Amis de la Chanson, celle des Amis de la Gloire, celle des Amis du Siècle, celle des Animaux, celle des Bergers de Syracuse, celle des Braillards, celle des Bons Enfants, celle de la Camaraderie, celle des Enfants de l'Avenir, celle des Enfants de la Goguette, celle des Enfants de la Halle, celle des Enfants de la Joie, celle des Enfants de la Lyre, celle des Enfants de Phebus, celle des Enfants du Vaudeville, celle des Épicuriens, celle des Gamins, celle du Gigot, celle des Grognards, celle des Infernaux, celle des Joyeux, celle de La Lice Chansonnière, celle des Lyriques, celle des Momusiens, celle des Palefreniers du cheval d'Apollon, celle des Poissons de l'Hippocrène, celle des Soirées de Famille, celle des vrais Français, ...

Des œuvres, souvent subversives, étaient chantées aussi bien par de simples amateurs que par des chanteurs plus confirmés. Pour chanter, il suffisait de donner son nom au bureau de la goguette.


On pouvait y croiser :
  • Hégésippe Moreau, poète
  • Jules Vinçard, chansonnier
  • Emile Debraux, dit le «Béranger de la classe ouvrière» s'y fit le chantre de la légende Napoléonienne
  • Charles Gille (1820-1856) qui fonda la goguette «La Ménagerie» et qui fut un auteur des plus fêtés de son époque pour la beauté de ses œuvres, perles de la goguette.

Foyer d'agitation sociale, berceau de la révolution de 1848, des doctrines collectivistes et de l'anarchie, les goguettes étaient dans le collimateur de la police.

Celle de Charles Gille fut fermée en 1847 et le chansonnier emprisonné pendant six mois.
Charles Gille n'était pas seul, les principaux auteurs de ces premières chansons sociales s'appelaient :
  • Louis Festeau, chansonnier socialiste de la nuance phalanstérienne
  • Eugène Pottier (1816-1887), auteur des paroles de «L'internationale»
  • Jean-Baptiste Clément (1836-1903), auteur du «Temps des cerises» et de «La Semaine sanglante»
  • Pierre Dupont (1821-1870), auteur de «Le chant des paysans» en 1849, qui lui valut l'exil


Leurs chansons avaient un rôle d'information et de mobilisation auprès de la classe ouvrière naissante, le prolétariat, à majorité illettrée à l'époque.

La propagation de ces chansons par le colportage et le compagnonnage permettait de véhiculer les idées politiques à la ville comme à la campagne.


En 1852, Napoléon III parvint à fermer la plupart des goguettes.

«La Lice Chansonnière» parvint à subsister en modérant sa combativité.

De nos jours, «Le Limonaire» perpétue la tradition avec une goguette moderne.


Les cafés-chantants


Alors que les goguettes véhiculaient un message politique, en changeant parfois de lieu, d'une façon générale, un estaminet où se produisaient des chanteurs (amateurs ou professionnels) fut appelé café-chantant. On peut noter parmi eux:
  • le café des Muses (quai Voltaire)
  • le café des Ambassadeurs (sur les Champs Élysée, nommé ainsi car la buvette qui le précédait était le rendez-vous des clients de l'hôtel Crillon tout proche). C'est au café des Ambassadeur qu'a eu lieu l'incident qui allait donner naissance à la SACEM.
  • le caveau des Aveugles (sous le Directoire)
  • le café Apollon (boulevard du Temple)
  • le café du Cadran
  • le café du Château-d'eau
  • le café de l'Épi-scié
  • l'Estaminet Lyrique (passage Jouffroy), marqué par les début en 1848 de Joseph Darcier, compositeur et interprète de talent, fort connu de son temps.
  • le café de France
  • le café de la Poste
  • le café du Saumon...

En 1849, le café des Ambassadeurs est reconstruit avec une salle de concert pour devenir le Concert des Ambassadeurs.
En 1852, on pouvait recenser une douzaine de cafés-chantants dans Paris où se produisaient aussi bien des chanteurs lyriques que des chanteurs comiques.

Sous le Second Empire, à l'instar du Concert des Ambassadeurs, on vit les cafés-chantants se muer en cafés-concerts, dotés de grandes salles permettant de donner des spectacles plus variés. Ce fut l'apogée de ce style d'établissement avant de les nommer Music-hall.

Au XIXe siècle, le chant se manifestait dans les salons des classes aristocratiques et bourgeoises.
C'était aussi l'époque où les romances prirent un nouvel essor (à suivre)

lundi 8 février 2010

la société du Caveau, haut-lieu parisien des chansons à timbre au XVIIIe et XIXe siècle

Après le Théâtre de Foire, nous nous intéressons ici à un autre haut-lieu parisien des chansons à timbre au XVIIIe et XIXe siècle:

la société du Caveau


Lorsque dans les années 1720 , Pierre Gallet (1698-1757), fils d'épicier plus épris de chansons et de théâtre qu'intéressé par le commerce hérité de son père, invitait dans son arrière-boutique ses amis ,Charles Collé (1709-1783), Alexis Piron (1689-1773) et Charles-François Panard dit Pannard (1689-1765), tous piliers du Théâtre de Foire et bons vivants , on vidait force bouteilles, on chantait, on s'amusait et faisaient mille folies.
A partir de la fin de 1729, sous l'impulsion donné par ces fêtes privées qui avaient sérieusement vidé les caisses de Gallet (ses bouteilles et sa fortune ), des rencontres dînatoires furent organisées chaque mois au cabaret de Nicolas Landelle, rue de Buci, dans la salle basse qui portait le nom de « caveau ».
C'est ainsi que fut fondé la première société du Caveau, société épicurienne sous forme de dîners chantants; les convives chantaient leurs œuvres à la fin du repas.
Aux amis du début s'étaient joints : Louis Fuzelier, Prosper Jolyot dit Crébillon père, Claude Jolyot dit Crébillon fils, Sallé, Bernard-Joseph Saurin , Charles Pinot dit Duclos, François-Augustin de Paradis de Moncrif, Pierre-Auguste Bernard dit Gentil-Bernard, Labruère, Jean-Baptiste de La Noue, le musicien Jean-Philippe Rameau, le peintre François Boucher, le philosophe Helvétius...
En 1739, une querelle entre Crébillon père et Crébillon fils mit fin à ces réunions et provoqua la dissolution de cette première société du Caveau.


La société du Caveau fut reconstituée en 1759 par le fermier général Pelletier avec divers membres du premier Caveau comme Crébillon fils, Charles Collé, Gentil-Bernard, Helvétius, La Noue et des nouveaux venus comme Charles-Simon Favart, Antoine Albanèse, François André Danican dit Philidor, Jean-François Marmontel, Jean Baptiste Antoine Suard, Pierre Laujon, le peintre Joseph Vernet et même, à partir de 1767, le futur physicien astronome Pierre Simon Laplace qui avait dix-huit à l'époque. L'esprit de cette société du second Caveau , qui ferma ses portes vers 1769/1770, réussit en partie à persister jusqu'en 1789 sous le nom de « la Dominicale » grâce à l'impulsion du chirurgien Antoine Louis (qui sera le concepteur d'une machine destinée à la décapitation des condamnés présenté par le docteur Joseph Guillotin aux députés de l'Assemblée constituante le 28 novembre 1789).

C'est en décembre 1805 que fut fondée la société du Caveau moderne, par le comédien Armand Gouffé et le libraire Pierre Capelle. Présidée par Pierre Laujon (premier chansonnier élu à l'Académie Française) puis par Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers .
Ses autres éminents membres étaient : Pierre Jean de Béranger, Nicolas Brazier, Philippon de La Madelaine, Emmanuel Dupaty, Laurent Grimod de La Reynière, Emmanuel Théaulon, Pierre Antoine de Piis, Victor-Joseph Etienne dit de Jouy, Louis-Claude Cadet de Gassicourt, François-Guillaume Ducray-Duminil.. et Jacques-André Jacquelin (secrétaire général).
Le Caveau moderne ferma ses portes en 1817 en raison de divergences politiques. La société laissa un recueil composé de 11 volumes in-18.
La société fut reconstituée puis éclatée dix fois, les lieux de réunions étant chaque fois différents, mais avec toujours la volonté de se rattacher à l'esprit de tradition du Caveau moderne. Un volume in-18 des œuvres de la Société fut publié chaque année de son existence.

Qualifié parfois d'Académie, ces sociétés épicuriennes ont permis que la chanson parvienne à son épanouissement et ont préparé les évolutions postérieures: café-concert et music-hall , cabarets artistiques pour la chanson littéraire...

mercredi 3 février 2010

Le théâtre de Foire

Suite à notre article sur le timbre et la parodie, nous nous intéressons ici à ce qui fut un haut-lieu parisien des chansons à timbre.

Le nom générique de théâtre de la Foire ou de théâtre de Foire regroupe différentes sortes de spectacles qui eurent lieu, à Paris entre 1596 et 1791 dans les célèbres foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent à Paris.

Si à l'origine, on y voyait surtout des singes et des chiens savants, des acrobates, des danseurs de corde ou des marionnettes, peu à peu les théâtres forains se mirent à représenter des scènes dialoguées, à reprendre les types de la comédie italienne, à jouer des comédies à ariettes, embryons d'opéras-comiques.


Le théâtre de Foire devint ainsi le lieu privilégié des vaudevilles, ces chansons qui couraient par la Ville, dont l’air était facile à chanter, et dont les paroles était faites ordinairement sur quelque actualité de l'époque.
« D’un trait de ce poème en bons mots si fertile,
Le Français, né malin, forma le vaudeville :
Agréable indiscret, qui, conduit par le chant,

Passe de bouche en bouche et s’accroît en marchant. »
Boileau.

En s'unissant avec le théâtre, le mot vaudeville servit alors à désigner une petite composition scénique, toute en couplets, où le dialogue même était chanté.


Dès 1710, la Comédie-Française et l'Opéra, soucieux de leurs privilèges, firent interdire aux troupes foraines à la fois le chant, les paroles et la danse. Une parade fut trouvée par les théâtres forains: ce sont les pièces à la muette, une sorte de karaoké avant l'heure !
  • l'acteur faisait les gestes,
  • l'orchestre jouait un air,
  • le public chantait les couplets écrits, en grosses lettres, sur des pancartes.
Ceci y amena naturellement :
  • Le développement du timbre à structure répétitive dont le public peut s’emparer pour interpréter le texte à la place des artistes réduits au silence.
  • L'apparition de partitions en formats de poche vendues dans la rue.


Quelques auteurs ayant écrit pour le théâtre de la Foire :

Alain-René Lesage, Denis Carolet, Louis Fuzelier, Jacques-Philippe d'Orneval, Louis de Boissy, Félix de Largilliere, Joseph de La Font, Jacques Autreau, Alexis Piron, Jean-Joseph Vadé, Michel-Jean Sedaine, Pierre-René Le Monnier, Charles-François Panard, ..


Quelques musiciens ayant composés pour le théâtre de la Foire :
Jean-Claude Gillier, Antoine Dauvergne, Egidio Romualdo Duni, Jean-Joseph Mouret, François-André Danican Philidor et Pierre-Alexandre Monsigny ..