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mardi 19 janvier 2010

Timbre et Parodie

Corpsyphonie vous propose un moment de réflexion et d'histoire sur :
  • le timbre
  • la parodie
Point de timbres postaux, fiscaux ou médicaux ! Il ne s'agit pas non plus du timbre d'un instrument ou d'une voix qui est une notion complexe permettant de distinguer les spécificités d'un son parmi d'autres.
Il est une autre définition, ( pas très usité, il faut le dire ! ) propre au domaine de la chanson, qui définit le timbre comme étant une mélodie accueillant des paroles diverses. Le parolier s'appuie sur un air séduisant pour y mettre son propre texte. Du timbre à la parodie, il n'y a qu'un pas !


Étymologiquement, le mot parodie vient de parôdia : para, à côté et ôdé, chant. Le chant parodique est aussi ancien que le chant lui-même. Déjà dans la Grèce antique, les joueurs de lyres, et autres cithares, manifestaient leur ingéniosité par des improvisations parodiques sur des airs de libations sacrés. Les Grecs se servaient de la parodie pour désigner un texte épique détourné de sa fonction d'origine : on récitait un sujet bas en respectant le style élevé du genre, de manière à provoquer le rire du public.

Au Moyen Age, la sotte chanson reprend la forme du grand chant courtois des trouvères, mais par un vocabulaire concret et insultant, rabaisse l'homme au rang d'animal, créant un univers incompatible avec l'idéal de la fine amor.

Au XVe siècle, alors que certaines chansons populaires, conçues pour et par le peuple, prennent un thème religieux évoqué à la messe, des mélodies profanes sont empruntées pour la composition d'œuvres religieuses.
Ainsi, La chanson de l'homme armé servit de timbre à Guillaume Dufay (fin XVIe siècle), Van Ockegem, Josquin des Prés, Pierre de la Rue, Antoine Brummel, et Carissimi (fin XVIe siècle).

Le XVIIe siècle est marqué par un épisode de contestation envers le pouvoir central : la Fronde (1648-1652). Les textes des chansons prennent un caractère pamphlétaire contre Mazarin. Parfois obscènes, ces chansons étaient des mazarinades.

Du XVIIe au XIXe siècle, la chanson devient de plus en plus un art populaire. Elle se transmet par les colporteurs ou les compagnons dans la rue, au théâtre de Foire ou sous le Pont-Neuf à Paris. Ces chansons sont des complaintes criminelles, des romances, des chansonnettes grivoises et surtout des chansons politiques.
Ce sont des parodies qui associent une idée satirique ou caricaturale à des airs en vogue, voire à des airs d'opéras.
Ce divertissement vocal est alors lié soit au plaisir
  • de retenir un grand nombre de timbres parfois nommés fredons, parce qu'on les fredonne , ou ponts-neufs en référence à l'endroit dont ils étaient issus,
  • et d'adapter de nouvelles paroles à ces airs connus et reconnus, comme celui des Visitandines.

Il peut arriver, et ce fut souvent le cas dans le passé, qu'un chansonnier ignore le nom du timbre original d'une chanson qu'il parodie et indique comme timbre l'air d'une chanson déjà parodiée, c'est ce qu'on appelle un faux timbre. D'autre part, dans la pratique, les timbres étaient souvent « re-visités » par rapport à l’original.


L'année 1851 aura une conséquence fâcheuse sur l'utilisation du timbre dans la chanson.
La SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique ) est née cette année là, suite à un incident survenu au café-concert Les Ambassadeurs en mars 1847.
Ernest Bourget, Paul Henrion et Victor Parizot, compositeurs et auteurs connus, refusèrent de payer leurs consommations. Ils estimaient qu'ils ne devaient rien au propriétaire de l'établissement car celui-ci faisait jouer leurs œuvres sans les rétribuer en retour. Leur procès gagné, ils regroupèrent autour d'eux 221 auteurs et compositeurs dans un syndicat qui prit le nom de SACEM.

Pierre Laujon, premier chansonnier élu à l'Académie Française, reconnaissait que, face à la facilité de réutiliser un air plutôt que d'en créer un nouveau, on comptait, avant la création de la SACEM, trente parodistes pour un chansonnier. Le nombre n'est pas vérifiable mais semble vraisemblable. Le respect du droit d'auteur compliquant la pratique de réutilisation des airs préexistants, les chansons à timbre se firent plus rares, et les parodistes moins nombreux.
La professionnalisation des métiers de la chanson était en route.

La pratique n'a cependant pas complètement disparue, certains sites mettent toute leur énergie pour quelle vive :

Dans de prochains articles, nous évoquerons la période du XVIIe au XIXe siècle qui fut importante dans l'histoire de la parodie vocale. Nous vous proposerons de découvrir le théâtre de Foire, la société du Caveau (sorte d'académie de la chanson) et les inventaires d'airs connus qui y virent le jour.

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